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L’EMDR en visio est-il vraiment efficace ?

C’est la question qu’on me pose le plus. Derrière elle, il y en a souvent une autre, moins facile à formuler : « est-ce que ça va marcher pour moi, ou est-ce que je vais perdre mon temps et mon argent ? »

Commençons par le doute lui-même, parce qu’il est légitime. L’EMDR passe, dans l’imaginaire collectif, pour une méthode où un thérapeute agite ses doigts devant vos yeux. Si c’était cela, la question de l’écran serait décisive : comment agiter ses doigts à travers une caméra ?

Sauf que ce n’est pas cela.

Ce qui fait l’EMDR n’est pas la stimulation

L’EMDR est un protocole en huit phases. Recueil de l’histoire, préparation, évaluation de la cible, désensibilisation, installation, scanner corporel, clôture, réévaluation. La stimulation bilatérale alternée n’intervient qu’à l’intérieur de certaines de ces phases — c’est un support, pas le traitement.

Ce qui produit l’effet, c’est de maintenir simultanément l’attention sur un souvenir douloureux et sur un stimulus présent, dans un cadre suffisamment sécurisant pour que le système nerveux accepte de rouvrir le dossier. La double attention est le mécanisme. Le support de cette attention — doigts, sons, tapotements — est secondaire.

C’est important, parce que cela déplace la question. Ce n’est pas « peut-on reproduire les mouvements des doigts à distance ? », mais « peut-on maintenir un cadre thérapeutique sécurisant et conduire un protocole rigoureux à travers un écran ? ». Et la réponse à cette question-là est oui.

Trois façons de stimuler à distance

Concrètement, il existe trois modalités, et l’on choisit celle qui convient à chacun.

  • Visuelle : un point se déplace latéralement sur votre écran, à une vitesse que je règle en direct. C’est le plus proche de la version en cabinet.
  • Auditive : des sons alternent d’une oreille à l’autre dans votre casque. C’est souvent la plus confortable en visio — elle permet de fermer les yeux, ce que beaucoup de personnes préfèrent pendant le retraitement, et elle ne dépend pas de la qualité de l’image.
  • Tactile : le tapping auto-administré. Vous croisez les bras et tapotez alternativement vos épaules — le « papillon » — à un rythme que je guide. C’est la modalité la plus robuste : elle continue de fonctionner même si la connexion faiblit.

Dans les trois cas, je reste présente, visible, et je conduis le rythme. Ce n’est jamais un outil automatique qui mène la séance.

Ce qu’on sait, et ce qu’on ne sait pas

Il faut être précis ici, parce que le sujet se prête aux affirmations trop confiantes dans les deux sens.

Ce qui est établi : la psychothérapie par visioconférence, toutes approches confondues, obtient chez l’adulte des résultats comparables au présentiel pour les troubles anxieux, dépressifs et le stress post-traumatique — y compris en termes d’alliance thérapeutique, ce qui surprend souvent. C’est un des constats les plus solides de la littérature sur la téléthérapie.

Ce qui est raisonnablement documenté : l’EMDR pratiqué à distance donne des résultats encourageants, et la pratique s’est structurée depuis 2020 avec des protocoles adaptés, des outils dédiés et des recommandations professionnelles.

Ce qui reste moins étayé : le volume d’études comparant spécifiquement l’EMDR à distance et en présentiel demeure plus limité que pour d’autres approches. Les praticiens honnêtes le disent : la pratique est légitime et sérieuse, elle n’est pas au même niveau de preuve que l’EMDR en cabinet, qui bénéficie de décennies de travaux.

Autrement dit : ce n’est ni une méthode au rabais, ni une technique dont on pourrait affirmer qu’elle est strictement équivalente en toutes circonstances.

Ce qui change réellement, en pratique

Après plusieurs années à travailler dans les deux cadres, voici ce que j’observe.

  • La préparation prend plus de temps, et c’est volontaire. Je ne serai pas dans la pièce pour vous aider à redescendre : je dois donc être certaine que vos outils de régulation fonctionnent réellement, pas seulement que vous les avez compris.
  • Je perds une partie des signaux corporels. Un cadrage à l’écran montre le visage et le buste ; il ne montre pas les jambes qui s’agitent, les mains qui se crispent. Je compense en demandant davantage, verbalement, ce que vous ressentez dans le corps.
  • La clôture devient non négociable. En cabinet, on peut prolonger de quelques minutes, accompagner quelqu’un jusqu’à la porte. À distance, la séance se termine par une déconnexion nette — j’anticipe donc et j’écourte plutôt le retraitement que le temps de clôture.
  • Le patient est chez lui, ce qui est parfois un avantage réel : on retrouve son environnement, ses objets, son chat, son thé. Redescendre y est souvent plus facile que dans une voiture sur un parking.

Quand je ne le propose pas à distance

Le refus fait partie du sérieux de la démarche. Je ne propose pas d’EMDR en visioconférence lorsqu’il existe une tendance dissociative importante, dans les traumatismes complexes et précoces répétés dans l’enfance, quand la situation de vie actuelle est instable ou dangereuse, ou en présence d’un risque suicidaire actif.

Ces éléments s’évaluent lors des premières séances, avant tout retraitement. Si l’indication n’est pas bonne, cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire : la phase de stabilisation est en elle-même thérapeutique, et d’autres approches peuvent prendre le relais.

Alors, efficace ?

Oui, pour la majorité des situations pour lesquelles l’EMDR est indiqué chez l’adulte — à condition que le praticien soit formé, que le protocole soit respecté, que la préparation soit soignée et que vous disposiez d’un lieu où vous pouvez réellement ressentir.

Et non, ce n’est pas la bonne réponse pour tout le monde. La façon de le savoir n’est pas de trancher seul depuis une page web, mais d’en parler avec quelqu’un qui posera les bonnes questions.

Pour aller plus loin
Le déroulé détaillé d’un accompagnement, les indications, le cadre de sécurité et les tarifs sont décrits sur la page EMDR en ligne. Le fonctionnement général des séances à distance est expliqué sur la page consulter en visio.

En cas d'urgence. Ce site n'est pas un service d'urgence et les demandes ne sont pas traitées en temps réel. Si vous êtes en danger immédiat ou avez des idées suicidaires, appelez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24), le 15 (SAMU) ou rendez-vous aux urgences les plus proches.

Le premier pas, c'est un simple appel

Je ne propose pas de réservation automatique en ligne, et c’est un choix. Chaque premier rendez-vous est fixé après un échange téléphonique de quinze minutes — le temps de comprendre votre situation, de vous expliquer comment je travaille, et de vérifier ensemble que cet accompagnement vous correspond. Cela me permet aussi de garantir à mes patients suivis des créneaux réguliers plutôt que de remplir un agenda au hasard.

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